L'IMPORTANCE D'ETRE CONSTANT
L’important
d’être constant ou la métaphore d’un grand huit émotionnel.
Finalement
les expériences sont riches sur Tinder. Pénélope avait pris un peu le large,
j’avais pris un bon bol d’air et puis voilà j’y suis retournée.
Je
pense que je n’avais pas encore approché ce profil d’homme avant. Etonnant,
détonnant, déroutant, mais fatiguant. Enfin pour moi hein. Moi qui ne suis
finalement pas à la recherche d’un homme avec particularité. Je n’aime pas le
mot normal, mais je reste quand même assez fixée sur les bizarreries et elles
me fatiguent.
Celui-là, il présentait super méga trop bien (oui oui je suis en mode superlatif), mais il finira sûrement, au mieux en plan cul, au pire aux oubliettes, voire à la moulinette.
Inévitablement
désolant. Mais si peu surprenant. Depuis trois semaines, j’écris, et puis
j’arrête, je réécris et puis j’arrête… Il me fait tourner en bourrique, mais aujourd’hui,
enfin depuis hier plus précisément, j’ai activé le mode « petite nana bien
vénère ».
Il y a un deux semaines… J’écrivais ceci…
J’ai
eu un super feeling avec cet avocat en droit des affaires. Je n’ai (presque) rien
vu venir, pourtant je les active les boucliers d'habitude. Alors voilà depuis quelques
heures je déroule les échanges, les interactions et je me sens bête.
J’ai donc, je pense (déduction de Sherlok Holmes bonjour…) à faire à un exhibitionniste, un égocentrique, un bipolaire, un (bon là j’avais écrit un vilain mot…). Bon on le sait toutes, recevoir une Dick Pic c’est la triste base d’un grand nombre de nouvelles « relations » du 21ème siècle. Triste mais réel. (j’ai mis des guillemets à relations vous avez remarqué hein)
Alors
lui il y va par étapes, les premiers jours, folle excitation…limite gênante,
mais assez flatteuse. Il est « classe ». Il envoie, envoie, et envoie
encore ses clichés tendus et en mode gros plans, puis demande finalement si ça
me dérange ; j’avoue que je n’étais étrangement pas contre, prise dans la
tornade des compliments, mais là je l’ai en long en large et en travers sa queue.
Plus je déroule le fil de nos messages, plus j’hallucine, c’est le pro du mode
selfie de bite. Non mais je vous jure je peux faire un pêle-mêle géant après à
peine cinq jours. Et je vous passe les dizaines de mini-vidéos de lui, se
tripotant. Je ris en vous écrivant. Là, assise au Joià, chez Helene Darroze,
dans cet endroit élégant et raffiné, devant mon foie gras et sa compotée de
figues, je pense et j’écris les mots Dick Pic, bites… Mais je ris. Enfin je
souris.
Moment assez chouette ce matin, au réveil avec lui au téléphone. Mais je crois que c’était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase… Je ris encore (au moins il est drôle ce garçon finalement) car il y a bien eu du liquide projeté en fin d’échange ! Ok je l’ai déjà un peu « pratiqué ». Jeudi soir il m’a fait visiter son cabinet, dans le 16ème. Et j’ai joué avec lui dans la grande salle de réunion du sous sol, sous un puits de lumière dingue. Mais il a insisté ce matin pour se mettre en mode vidéo, il ne cherche même pas à me voir, il veut juste que je regarde. Donc moi dans le noir et lui en pleine lumière ! Je n’ai pas vraiment apprécié la fin de cet échange, imposé et pas du tout partagé. J’ai failli arriver en retard en cours. Mais je n’ai rien osé dire. Stupide attitude…je sais.
Après notre premier (unique) moment de fusion sexuel (moment bien trop peu confortable, j’avoue), il a été classe, puisque je pensais vraiment que comme pas mal de mes rencards il m’aurait dit « bonne soirée, rentre bien ». Que nenni, il m’a emmené dans son bureau, il m’a fait essayer le casque de son fils et on a enfourché sa moto pour aller dans un restau qu’il aime bien. Verres de vin, diner… et il m’a raccompagné chez moi. Classe, parfait. J’étais même un peu tendu lors du diner. J’ai gardé cette sensation au fond de mon ventre longtemps, mais à un moment j’ai senti ma main trembler, je l’ai glissé sous la table. Comme un truc étrange de « non mais sans déconner, il est bien ce garçon » et un « impossible il y a anguille sous roche ».
Depuis
nos échanges sont matinaux, au réveil, et tardif, au coucher… et il explose ma
messageries d’images interdites aux moins de 18 ans.
Mes amies me disent qu’on n’a sans doute pas la même temporalité lui et moi. C’est vrai, je le sais, mais c’est difficile de tout soupeser et de ne pas gérer. Je me demande si le côté autiste n’est pas vraiment encré en moi. Je me demande tellement souvent si je sais communiquer. Violence de me dire que je ne serai jamais aimée, et d’avoir envie de me laisser envahir par ce sentiment d’avoir 15 ans. Et de me laisser porter. Le problème, enfin mes problèmes, j’ai 43 ans, un garçon que je gère presque toute seule, j’ai deux longs week-end par mois pour m’ouvrir au monde affectif, un boulot de prof spécialisée qui me prend un temps fou, un autre de consultante qui m’occupe aussi pas mal, mon livre que je promeus pour Octobre Rose, la fête que j’essaie d’organiser pour boucler tout ça, ma reprise de cours au CNAM pour préparer ma reconvention…
J’ai
l’illusion que l’amour s’est comme dans une comédie romantique. C’est naze,
c’est faux, je le sais, mais je ne peux m’enlever cela de la tête. Je ne suis pas
prête de trouver chaussure à mon pied (putain même Disney et Cendrillon
parasitent mes pensées).
Alors ce soir j’essaie de prendre le large, et de vider mon trop plein d’émotions. Ce que j’apprends à mes élèves autistes au quotidien, je vais devoir finir par me l’appliquer. Je me recentre et j’oublie cette sensation si agréable qui a traversé mes pensées, mon corps, mon cœur … cette semaine. Bon je ne suis pas aidée, enfin c’est une thérapie un peu violente. Je suis entourée de couple dans ce restaurant de la rue de Jeûneurs. Pas moins de dix, attablés, autour de moi, qui suis installée un peu en hauteur sur l’ilot central de la salle du bas.
Je souris, j’ai toujours un nœud dans le bide et je commande une pavlova avant de rentrer à pied.
AUjourd'hui, ce dimanche 24 octobre, après deux semaines de "fête foraine" (ceux qui me connaissent savent comme je n’affectionne pas ces endroits), je reprends ce texte que j’ai hésité à poster, à relire, à réécrire.
Mais
là c’est définitivement impossible, qu’il se passe un truc vrai avec cet homme.
Après
cette vague de photos de son entre-jambe, je l’ai calmé en lui rappelant que
mon fils n’était jamais loin de mon tel. Il a tenté à plusieurs reprises, et
puis il a espacé ses messages. Je lui ai proposé plusieurs rendez-vous. Il a
toujours dit « bonne idée » ; « oui »… ou juste ajouté
un smiley en réponse… et puis rien… alors en femme moderne (bien conne) je ne
le brusque pas, je vis ma vie et je me dis qu’il a une vie aussi.
Bon
après des montagnes russes émotionnelles quotidiennes, je suis enfin redescendue
sur Terre. Il est malin le garçon. Il m’a tenu hameçonnée, il s’est bien foutu
de ma gueule oui.
Analyse
plus pointue des messages (j’avais déjà commencé)... il n’écrit que les soirs
ou tôt le matin, puis parfois en journée quand il est au travail (photos de lui
dans l’ascenseur, ou de son entrejambe sous son bureau), il n’est jamais dispo le week-end… alors que ses fils ont 16
et 20 ans. Bon alors je suis assez septique sur tout ce qu’il a pu me dire
maintenant. Même si, au final il m’a donné pas mal de vraies infos. Il est bien
avocat, j’ai son nom… et je suis allée dans son cabinet. Il est aussi sur le net.
Bon ben oui je vous dis je mène l’enquête. Je pense sérieusement me spécialisée
et devenir détective privée spécialisée en fautes conjugales. Sans déconner c’est trop facile.
Alors
ce week-end il m’écrit peu, voire pas. Hameçonnage je vous dis. Un peu la pêche
à la truite ; la pêche à la mouche, vous connaissez ?
Il
me drague avec des infos que je lui ai données. J’adore la photo et j’adore les
nuages, le ciel. Bam ce matin deux photos, sans un mot… du levé de soleil, de nuages...alors qu’il n’a pas
répondu hier, samedi, à mon texto « je pense à toi »… Je vomis en
souriant ; en vous écrivant.
Il a gardé notre « match » sur Tinder, erreur ou oubli ? Il est géo localisé… Quel naze. Je ne peux pas tout vous expliquer, mais il est trop con.
Donc bon, à mon avis il est en couple, ou sur plusieurs cannes à pêches (je vous renvoie à ma métaphore de l’hameçonnage)
Alors
oui j’y ai un peu cru. Et puis hier allez savoir pourquoi, après ma journée de
cours en viso, j’ai eu besoin de sortir marcher avant de rejoindre une amie.
Bonheur de respirer Paris, mais d’un seul coup, après deux heures d’aération,
mon cerveau à dit « stop », une fraction de seconde, mes pieds ont
refusé de s’aligner, comme si j’étais saoule, je me suis reprise, et puis deux
pas plus loin j’ai réussi à attraper un poteau, m’évitant une chute sur la
route. Une grande nausée m’a envahie, j’ai eu du mal à repartir, et puis finalement
j’ai réussi à avancer. Mais sans rien comprendre à ce qui m’arrivait je me suis
mise à pleurer, encore et encore. Impossible d’arrêter ces larmes. Tempête émotionnelle
et réalité renversante.
Comme
si j’avais pris conscience en une fraction de seconde de ma cupidité.
J’ai bu du Brouilly et j’ai ri avec mon amie Emily, je suis rentrée tôt et j’ai dormi comme un bébé.
Ce matin j’ai ouvert mon ordi, j’ai réservé une pièce de théâtre un peu au hasard, choisissant le quartier et l’horaire, j’ai mis mon ordi dans mon sac et je suis partie marcher dans Paris. Pigalle, Blanche, le cimetière de Montmartre. Comme un besoin de revenir là ou tout a commencé, il y a plus de 20 ans pour Pénélope, pour moi, quand je suis arrivée à Paris.
Bonheur paisible, soleil doux, froid automnal, ciel bleu et chat noir. Perfection d’un dimanche nostalgique.
J’ai filé au théâtre Hebertot et j’ai ri. Cette pièce tirée d’un texte d’Oscar Wilde était parfaite « L’importance d’être constant ». Alors je ne vous spoile rien, mais sans déconner il fallait la trouver celle là… Quelle farce humaine sur l’amour, sur les hommes.
Perchée sur la terrasse du printemps, attablée chez SuperNature un verre de Silex à côté de mon clavier, je souris et j’attends le message de Monsieur Constant (c’est drôle son vrai prénom commence et finit par les mêmes sons)… J’ai décidé de jouer un peu. Cette fois-ci je ne vais pas le louper celui-là. J'ai mordu à l'hameçon mais il ne me remontera pas à bord de sa minable embarcation...
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