JOUR DE FETE
Je flâne toujours de temps en temps sur les applis de rencontres, mais il y a toujours les mêmes profils, je tiens deux jours et puis je me lasse. Il y a bien eu quelques rencontres éparses ses derniers mois, des bons moments intellectuels, mais rien de vibrant, rien de charnel, d’émoustillant, de pétillant.
Éternelle insatisfaite, je sais, impossible de faire des compromis finalement. Mon entièreté me mène la vie dure, mais je n’arrive à rien lâcher.
Il y a peu de temps j’avais fait un chouette Match. Un rendez-vous simple, un moment agréable et une sensation étonnante. Mais au deuxième rendez-vous tout a basculé, il n’y a pas eu cette alchimie et cette séduction qui me donnerait envie d’aller plus loin. Légère, non, énorme frustration, je l’avoue. Et dans ces cas-là, vous imaginez quel est mon envie, voilà voilà vous y êtes, je réécris à mes deux amants. César et flûte je n’ai pas de surnom pour le second, appelons-le donc Boomer (référence animalière australienne pour ceux qui suivent).
Cette longue et douce période où la solitude berçait mon quotidien avec délice, semble se terminée. Me voilà donc depuis un bon mois, traversée par un tourbillon émotionnel d’une rare intensité. C’est hormonal ! Tout est hormonal finalement chez nous les femmes.
Mais là, c’est une vague hormonale d’une rare force qui s’est écrasée sur moi. Je respire mal, j’ai un besoin charnel et affectif qui me fait vriller. Il m’arrive d’avoir la folle envie de poser ma tête sur l’épaule de mon voisin dans le métro, d’enlacer un homme se tenant droit devant moi, accroché à la barre de la rame. Folie… j’admets. Mais étrange besoin de peau à peau, de sentir la chaleur de l’autre. Bestiale non cette histoire ? Hormonale.
Accrochée à deux mains à mon siège, sur des Montagnes Russes (ce manège que je déteste), sans ceinture de sécurité évidement, je vis, je ris, je pleure. Pétrifiée par tout et par rien.
Aujourd’hui j’ai beaucoup pleuré, avant de me décider dans mes envies de découvertes cultuelles. J’ai noté cette petite phrase qui a raisonné en moi, en visionnant la série Empathie : « l’art peut être un remède très concret, très réel».
J’ai opté pour deux expositions de Street Art, les photographies de Raymond Depardon attendront. Le froid était saisissant aujourd’hui, j’ai marché longtemps, enroulée dans mon écharpe jaune et couverte de mon béret rayé.
De retour dans mon quartier, vers 19h, il y avait dans ma tête l’envie de m’assoir sur le tabouret haut d’un bar, et de déguster un verre de vin, seule. Une envie de profiter encore un peu des vibrations d’un début de soirée parisienne.
Et puis finalement je me suis décidée à rentrer. Je suis passée m’acheter une douceur, envie d’un éclair à la vanille, un gâteau qui me rappelle mon enfance et qu’on trouve rarement à Paris. J'ai filé dans cette boulangerie où je ne rentre que très rarement, chez eux il y a ma petite madeleine de Proust. Devant moi un homme avec un bonnet, une grosse doudoune, parlant au téléphone (oreillette vissée dans l’oreille droite). Il se tourne à peine, passe sa commande, et là, mon cerveau déclenche "le souvenir". Sa carrure, son allure avait déjà éveillé mon attention. Mais …. Incroyable. On habite le même quartier, ça je le sais. Mais de là à ce qu’il commande un éclair à la vanille, improbabilité absolue. Je pouf ! Je m’étrangle. Il ne remarque rien, mais il a dû sentir un truc, me « reconnaitre ». Il paye, se retourne, je souris, et là un flash à son tour, il me fait signe qu’il m’attend dehors.
Bref échange, ma mémoire est très folle et sélective, tout revient en deux secondes, un Match Tinder en 2019 juste avant le COVID. Il était à ce moment-là, garde du corps de la Ministre de la Santé. On a bu un verre au Métropolitain, un Perrier pour lui, du vin pour moi. Mémoire absurde. On s’est quittés ce jour-là, très émoustillés, après un long baiser devant la porte bleue de mon immeuble (il se souvient de cette porte) et on s’est retrouvés ensuite, chez lui, tard dans la soirée (il habite à 50 mètres de chez moi). Dinguerie.
Il doit se souvenir d’un truc, mais pas de mon prénom…moi j'ai le sien qui sort direct, il s'étonne un peu, il me demande de faire sonner son tel, pour pouvoir avoir mon numéro et me rappeler. J’ai ri (encore), il s’est affiché «voisine 15ème ». Et avec beaucoup de classe et un sourire assez large, il a répondu « pas encore » quand je lui ai dit « tu me remets maintenant? ».
Y aura-t-il une suite à cette improbable re-rencontre ?
Penelope semble se réveiller document d’une hibernation bien longue.

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